En matière de liberté d’expression, il y a un paradoxe assez intéressant à observer au Maroc depuis quelques années : d’un côté, une stagnation et parfois même une régression de cette liberté au niveau des médias et des espaces institutionnels de débat, et de l’autre côte un foisonnement, pour le meilleur et pour le pire, des opinions, des voix et des échanges sur les réseaux sociaux. A partir de 2011, et dans le sillage du Printemps arabe, le mur de la peur s’est ébréché au Maroc et de nouvelles générations expriment de plus en plus librement leurs points de vue, d’une manière spontanée et désinhibée.

 

Mais ce vent de liberté n’a pas atteint avec la même intensité les médias publics et privés au Maroc. La liberté d’expression au sein de ces médias est limitée par des entraves d’ordre juridique, économique et politique. La persistance des peines privatives de liberté pour les journalistes dans le droit marocain, la fragilité des modèles économiques des entreprises de presse et leur dépendance à la publicité, les pressions exercées par les pouvoirs politiques et économiques participent à la restriction de l’exercice de la liberté d’expression, comme le démontrent les différents rapports des organisations, locales ou internationales, des droits de l’Homme.

 

Les arrestations de journalistes lors des événements récents du Rif participent à l’aggravation de cette situation et à nourrir le paradoxe entre une société qui désire accéder à la parole et à s’exprimer librement, et des médias tétanisés et livrés à la censure ou à l’autocensure. L’existence d’une presse indépendante et crédible, qui fonctionne sans entraves ni épée de Damoclès au dessus de sa tête, est un pilier de la démocratie au Maroc et une condition nécessaire pour une société ouverte et libre.


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