Initié par des pages anonymes sur Facebook, un appel au boycott contre la vie chère a été lancé le vendredi 20 avril sur les réseaux sociaux. Trois grandes marques sont dans le collimateur des initiateurs du boycott. Tout d’abord, les consommateurs marocains ont été invités à relayer le hashtag #خليه_اريب (laisse-le cailler) pour exprimer leur mécontentement face à la hausse du prix du lait commercialisé par Centrale Danone. Selon les internautes, le prix de 7 dirhams le litre excède le coût de production et ne justifie pas la qualité du lait.

 

Quelques jours plus tard, c’est au tour des Eaux minérales d’Oulmès et d’Afriquia d’être au centre de cette campagne. Le prix de 6dhs pour une bouteille Sidi Ali de 1,5 litre d’eau a été jugé plus important que la moyenne. Quant à Afriquia, son boycott illustre une réaction face à la tendance haussière des prix du carburant des suites de la chute des cours du pétrole sur le marché international ainsi que de la libéralisation du marché des hydrocarbures. A la tête de cette société se trouve Aziz Akhennouch, Ministre de l’Agriculture, de la Pêche maritime, du Développement rural et des Eaux et Forêts, perçu comme une figure illustrative de la connivence entre élite économique et monde politique. Qu’elles soient fondées ou non, ces raisons affichées ont toutefois été confirmées par l’indice de confiance des ménages (ICM) établi au cours du 2ème trimestre 2017 par le Haut-Commissariat au Plan : 87% des ménages marocains déclarent que les prix des produits alimentaires ont augmenté au cours des 12 derniers mois, et 83,4% d’entre eux prévoient une nouvelle augmentation au cours de l’année prochaine. Face à l’ampleur et l’étendue sans précédent du phénomène, les enseignes visées se sont tour à tour essayé au management des situations de crise, un exercice périlleux qui n’a jusque-là pas réussi à dissuader les boycotteurs.

 

Inquiets pour leurs emplois suite à l’annonce de Centrale Danone d’une baisse de 20% de son chiffre d’affaires pour le premier trimestre 2018, les 6000 salariés de l’entreprise ont organisé mercredi 6 juin un sit-in auquel s’est joint Lahcen Daoudi, Ministre des affaires générales du gouvernement, et ce dans un élan de solidarité. Critiqué de part et d’autre pour son action, Daoudi a annoncé le lendemain sa démission du gouvernement. Depuis le début de cette campagne il y a près de deux mois, les membres du gouvernement El Othmani se sont tour à tour exprimés publiquement sur le sujet pour appeler les consommateurs marocains à mettre fin au boycott, sans vain. Au-delà de son aspect économique, ce boycott généralisé donne des clés de compréhension de la société marocaine, du rôle que peuvent jouer aujourd’hui les réseaux sociaux dans la structuration de l’action collective et des enjeux politiques qui y sont sous-jacents.

 

Pour décrypter ce phénomène, le mouvement associatif Les Citoyens organise un Grand Café Citoyen dans le but de mettre en lumière son ancrage social ainsi que ses enjeux politico-économiques.


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