Au Maroc, la planification familiale occupe une place importante dans la stratégie du Ministère de la Santé. Le programme national de planification familiale a contribué de manière significative à la baisse de la fécondité qui a atteint des phases avancées de transition démographique avec un indice de fécondité de 2,21 (2014) et un taux de prévalence contraceptive élevé par rapport aux pays de la région (67,4%).

 

Mais malgré ces avancées notables, en matière de santé de la femme et de planification familiale, les défis restent encore considérables. Les inégalités entre les sexes, les normes culturelles, la tolérance de la violence à l’égard des femmes, la pauvreté et l’absence d’éducation sexuelle à l’école contribuent à favoriser les grossesses non désirées et donc le recours à l’avortement clandestin.

 

Au Maroc, l’avortement n’est autorisé que dans le cas où la grossesse mettrait la vie de la mère en danger. Le code pénal prévoit jusqu’à 2 ans de prison pour une femme qui se fait avorter, de 1 à 5 ans pour quiconque pratique un avortement non autorisé sur autrui, de 10 à 20 ans s’il y a décès de la patiente et jusqu’à 30 en cas de récidive. Or, s’il n’y a pas de chiffre exact relatif à la pratique d’avortement, l’étude réalisée par l’Association Marocaine de Lutte contre l’Avortement Clandestin (AMLAC) fait état de 600 à 800 avortements illégaux par jour, contribuant ainsi à l’aggravation de la mortalité maternelle, et à l’abandon de milliers d’enfants non désirés.

 

En février 2015, une médiatisation sans précédent de cette situation insoutenable a entrainé le gouvernement de Abdelilah Benkirane à se pencher sérieusement sur la question, mobilisant les ministères de la Justice, des Affaires Islamiques, et de la Santé ainsi que le CNDH pour tenter de trouver une solution en adéquation avec l’évolution de la société marocaine et ses spécificités culturelles et religieuses. Ces consultations ont conduit à l’élaboration d’un projet de loi qui élargit les conditions d’accès à l’avortement légal, en y incluant une clause relative aux impacts physique, psychique et social sur la femme, la famille, et le fœtus. Le projet de loi a été adopté au conseil de gouvernement en juin 2016, et n’a plus été soulevé depuis. Les appels de la société civile restent pour le moment lettre morte.

 

65% des pays développés ont levé toute barrière à l’avortement, de même que certains pays musulmans tels que la Turquie et la Tunisie. D’autres pays islamiques ont levé les obstacles pour certains cas particuliers tels que l’Iran (en cas de viol, d’inceste ou de malformation congénitale). Seuls quelques pays d’Amérique Latine et les pays d’Afrique (à l’exception de l’Afrique du Sud) maintiennent des législations restrictives en matière d’avortement et souffrent ainsi de taux de maternité maternelle parmi les plus élevés au monde. Le Maroc ne fait pas figure d’exception, et continue à voir le nombre d’enfants des rues croître et le désespoir des mères célibataires s’aggraver.

 

Afin de mieux comprendre cette situation et ses enjeux sociétaux, nous avons invité docteur Chafik Chraïbi (président de l’Association marocaine de Lutte contre l’Avortement Clandestin), Nouzha Skalli (ex Ministre du Développement Social, de la Famille et de la Solidarité) et Maria Amar (Chef de section du suivi et de l’évaluation des politiques publiques au CNDH) pour en débattre face à Abdellah Tourabi (journaliste et chercheur en sciences politiques), dans le cadre de la première web-émission des Citoyens, Regard d’Expert.

 

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