L’éducation numérique comme espoir

Le 9 février 2024, un atelier unique s’est tenu à Arbiaa Sahel, dans le cadre du programme Week-end Digital. Cet atelier a réuni plus de 60 élèves, dont 36 filles, tous animés par un désir commun, celui d’apprendre et de se former dans le domaine numérique. Cependant, la réalité de ces jeunes est bien loin d’être encourageante.

Ces élèves habitent dans des conditions précaires, dépourvus des moyens et du matériel nécessaires pour s’engager pleinement dans l’apprentissage numérique. Même la salle d’études, leur lieu habituel de formation, est dans un état déplorable, dépourvue de tout équipement adéquat. Pourtant, malgré ces obstacles, ces jeunes manifestent un réel enthousiasme pour l’apprentissage numérique. Ils voient dans le digital un espoir, une opportunité de se former et de s’ouvrir à de nouveaux horizons. Mais sans les moyens nécessaires, cet espoir reste souvent inaccessible.

Cet atelier à Arbiaa Sahel soulève ainsi une question cruciale: celle de l’accès à l’éducation numérique pour tous, quel que soit leur milieu ou leur situation. Il met en lumière l’importance d’un accompagnement et d’un soutien adaptés pour ces jeunes, afin de leur permettre de concrétiser leur désir d’apprendre et de se former dans le domaine numérique. Nous sommes conscients de ces enjeux, et nous avons un espoir pour un accès équitable à l’éducation, pour un Maroc inclusif et des jeunes compétents.

Perdre son droit à l’éducation: l’histoire d’une jeune fille face à l’insécurité

Dans un petit village

où l’obscurité règne une fois la nuit tombée, vit une jeune fille pleine de rêves et d’ambitions. Chaque matin, elle se lève tôt, son sac à dos rempli de cahiers et d’espoir, prête à affronter une nouvelle journée d’école. Cependant, son chemin vers l’éducation n’est pas sans obstacles. La route qu’elle emprunte pour se rendre à l’école est mal éclairée, déserte et insécurisée, surtout lors des soirées où elle rentre tard. Un jour, l’impensable se produit, elle est kidnappée sur le chemin du retour. Cet incident traumatisant a marqué un tournant dans sa vie. Son frère, effrayé par la violence et l’insécurité qui règne dans leur village, décide qu’il n’est plus sûr pour elle de continuer à fréquenter l’école.

En dépit de ses cris et de ses larmes, elle est contrainte d’abandonner son rêve d’éducation. Cette décision, prise par amour et par peur, lui enlève son droit fondamental à l’éducation. La jeune fille, autrefois pleine de promesses, se retrouve enfermée dans un cycle de désespoir et de frustration. Chaque matin, elle regarde les autres enfants passer, leurs rires et leur excitation résonnant dans l’air, tandis qu’elle reste coincée dans une réalité sombre et sans avenir. Son histoire n’est pas unique. Dans de nombreuses régions, l’insécurité prive des milliers de jeunes filles de leur droit à l’éducation. Elles sont contraintes de rester chez elles, victimes d’un système qui ne peut garantir leur sécurité sur le chemin de l’école.

Cette jeune fille a partagé son histoire lors d‘un Café Citoyen organisé à Tanger, une rencontre de débat dédiée aux droits des filles au Maroc. Entourée de participants sensibles à sa cause, elle a courageusement exposé les réalités de son quotidien et l’impact de l’insécurité sur son avenir. Ce témoignage poignant a résonné profondément parmi les participants, soulignant l’urgence d’agir pour assurer la sécurité et la protection des jeunes filles. 

Son histoire nous rappelle l’importance de la sécurité et de la protection pour permettre à chaque enfant de réaliser son potentiel. C’est un appel à l’action pour les communautés, les autorités et les décideurs politiques, pour garantir un environnement sûr pour tous les enfants, afin qu’aucun d’entre eux ne soit privé de son droit à l’éducation. En racontant son histoire, nous espérons sensibiliser et mobiliser pour créer un monde où chaque enfant, fille ou garçon, peut marcher en toute sécurité vers son avenir.  

« Pour la première fois, j’ai senti que ma voix comptait » : quand un cercle de chaises change un regard.


À Khénifra, des jeunes femmes ont trouvé un espace pour exprimer des préoccupations rarement entendues et les transformer en recommandations collectives. Cette progression, de l’expérience vécue à une parole structurée, illustre ce que les Cafés Citoyens peuvent produire lorsqu’ils sont conçus comme de véritables espaces de participation.


Pendant longtemps, beaucoup de jeunes femmes marocaines considéraient que le débat public appartenait à d’autres. Le frein n’est pas l’absence d’opinion, mais un sentiment de faible légitimité : la conviction que leur expérience quotidienne n’a pas sa place dans une discussion sur les politiques publiques. Ce retrait n’est pas un désintérêt. C’est le produit de trop peu d’occasions concrètes de s’exprimer dans un cadre qui écoute réellement et donne une suite à ce qui est dit.


La conviction de Les Citoyens : la participation commence par la reconnaissance de la parole


Les Citoyens part d’un principe simple : on ne décrète pas la participation, on l’organise. Avant de demander à une personne de proposer des solutions, il faut lui garantir que sa parole sera entendue, structurée et menée à une décision. C’est pourquoi chaque Café Citoyen repose sur une méthode : rendre l’espace accessible, réunir des profils différents, partir des expériences vécues plutôt que des grands principes, puis documenter et restituer ce qui a été dit.


L’intervention : des Cafés Citoyens dédiés aux droits des filles

En 2024, Les Citoyens a consacré une série de Cafés Citoyens aux droits des filles. Ces rencontres ont réuni 318 participantes et participants dans 14 localités et 10 régions, les femmes représentant 68 % de l’assistance. Le format n’a pas été celui d’une réunion d’information descendante, mais celui d’un travail collectif : on écoute des situations concrètes, on identifie les obstacles récurrents, on formule des propositions et on les consolide.

Ces contributions territoriales ont été agrégées puis portées lors d’un Grand Café Citoyen national, en présence de quatre ministères — Éducation, Solidarité, Jeunesse et Santé. Des propositions précises, telles que le renforcement des internats pour les filles rurales ou la lutte contre les mariages précoces, ont été discutées directement avec les responsables présents.

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Les résultats : de l’expérience individuelle à 45 recommandations


Ce que vivent les participantes se résume en trois temps. Avant : une parole isolée, gardée pour soi. Pendant : l’écoute d’autres expériences, la confrontation respectueuse des points de vue, la découverte que des difficultés que l’on croyait personnelles sont en réalité partagées. Après : une parole légitimée, intégrée à un ensemble de recommandations qui dépasse le cas individuel. Le changement décisif n’est pas seulement d’avoir parlé, mais d’avoir constaté que cette parole servait à quelque chose.

Le processus a produit 45 recommandations consolidées issues des 14 localités concernées, puis portées devant quatre ministères. Au-delà des chiffres, l’effet le plus tangible se mesure à la confiance : des centaines de jeunes filles se savent désormais légitimes à interpeller directement les institutions sur des sujets qui les concernent. Des enjeux longtemps invisibilisés sont entrés dans l’espace public national.

« En accompagnant ma fille à un Café Citoyen, j’ai découvert sa capacité à prendre la parole devant des adultes. Cette expérience a profondément changé mon regard sur l’avenir. »

— Aïcha, mère de famille — Tanger